Dans l’interview qu’elle nous a accordée, la soprano norvégienne partage son émerveillement face aux Lieder d’Alma Mahler, « empreints d’une jeune étincelle de vie », et son émotion intacte en chantant « La Vie Céleste » dans la Symphonie n°4 de Gustav Mahler. Lisez l’interview complète et laissez-vous tenter : il reste des places à Angers le jeudi 12 mars à 20h.
• Alma Mahler est une personnalité fascinante et complexe. Que révèlent ses Lieder sur sa sensibilité, et comment abordez-vous leur interprétation en tant que chanteuse ?
Les quatre chansons d’Alma Mahler que j’interprète dans ce concert sont empreintes d’une jeune étincelle de vie qui correspond parfaitement à l’arrivée du printemps. Elle parvient à composer des chansons à la fois fantaisistes et sérieuses, et j’ai d’abord eu beaucoup de mal à comprendre son paysage tonal. C’est presque comme si elle laissait le texte contrôler entièrement la tonalité (et avec des poètes comme Rilke, cela peut vraiment aller dans tous les sens), et quand j’ai compris cela, j’ai vraiment pris plaisir à étudier sa musique ! Elle présente clairement certaines similitudes avec son mari, mais elle a également réussi à créer sa propre atmosphère, et il est impossible de ne pas être fasciné par elle. Je n’avais jamais chanté de morceaux d’Alma Mahler auparavant, je suis donc très heureuse de pouvoir enfin mieux la connaître à travers ces belles chansons.
• Vous chantez également « La Vie céleste » dans la Quatrième Symphonie de Mahler. De manière générale, quelle est votre approche personnelle de l’univers du musicien viennois ?
Je me souviens que ma première rencontre avec Mahler a eu lieu lorsque j’ai chanté dans le chœur de sa deuxième symphonie. J’ai été complètement bouleversée la première fois que nous l’avons répétée avec l’orchestre, je n’avais jamais rien entendu de tel auparavant. J’ai trouvé tellement spécial d’entendre un chœur complet chanter aussi doucement que possible, j’avais l’impression d’être au milieu d’une étreinte chaleureuse et apaisante. J’ai vécu exactement la même expérience avec sa 4e symphonie, là encore, je n’avais jamais rien entendu de tel auparavant. La façon dont il passe de pianissimos calmes et sereins à des danses sombres et envoûtantes me fait penser qu’il a pris beaucoup de plaisir à composer cette œuvre, et je prends moi aussi beaucoup de plaisir à la chanter.
Chanter « La Vie Céleste », c’est comme raconter un conte de fées, et […] chaque fois que je le répète, j’imagine que je le chante à ma petite sœur
• En tant que chanteuse d’opéra, en quoi votre approche diffère-t-elle entre un rôle dans un opéra et un concert symphonique comme celui-ci ?
Ce que je préfère dans le chant lyrique, c’est que je peux jouer la comédie, interpréter un rôle et raconter une histoire, et c’est la même chose quand je chante des lieder. C’est la première fois que je suis soliste dans un concert symphonique, je ne suis donc pas une experte, mais je pense que la narration est tout aussi importante ici que dans l’opéra. Chanter « La Vie Céleste », c’est comme raconter un conte de fées, et je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je le répète, j’imagine que je le chante à ma petite sœur, en lisant un petit livre avec de belles images de Sainte Marthe et des anges qui font du pain autour d’elle.
• Que diriez-vous à quelqu’un qui n’a jamais entendu les œuvres de Mahler en concert ?
Je dirais qu’il y a tellement de vie dans la musique d’Alma et de Gustav Mahler, et je pense que c’est très spécial de pouvoir les écouter tous les deux lors du même concert, et d’entendre à quel point ils sont très similaires, mais aussi différents l’un de l’autre, en particulier dans ces morceaux où Gustav nous ouvre les portes du paradis et où Alma nous invite dans un espace plus intime et délicat.
Et si c’est votre toute première fois, nous pourrons partager cette expérience ensemble, car c’est aussi la première fois que je chante leur musique, et j’ai vraiment hâte d’y être !